Notre fils aîné, Philippe, qui venait d'avoir 50 ans, est mort fin juillet d'un accident d'escalade dans le Briançonnais. J'étais dans l'impossibilité d'aller à son enterrement, mais mon mari m'a rapporté les textes qui ont été lus. Notre petit-fils (16 ans) avait présenté un inventaire, certainement pas exhaustif, de la riche personnalité de son père. On y trouvait : « Papa n'était pas croyant, fâché avec la religion ». Cette phrase m'a fait réagir et je lui ai adressé une lettre dont je me suis largement inspirée pour rédiger ce thème.

Il y a deux choses : la croyance en Dieu et le fait de s'intégrer dans une religion, réunion d'hommes forcément imparfaits.

Dans certains poèmes de Philippe, la dimension spirituelle n'est pas absente et, récemment, il nous écrivait : « J'ai des jours avec Dieu et des jours sans Dieu ».

Pourquoi chercher Dieu ? Nous sommes tous plus ou moins des chercheurs de Dieu. Dieu n'est pas une vérité scientifique, on ne peut pas le maîtriser. Pourtant, l'observation de la nature laisse penser que tout ça n'existe pas par hasard (un petit exemple : la composition du lait maternel se modifie en fonction du développement du nourrisson). Mais, on peut seulement chercher Dieu sans jamais pouvoir dire : « Je l'ai trouvé », comme l'horizon qui s'éloigne toujours.

Saint Augustin priait ainsi : « Toi qui m'a donné de te trouver, donne-moi le courage de te chercher et d'espérer te trouver toujours davantage ».

L'Homme est un être fragile, tout nu dans un monde où il n'est pas le plus fort. Il a besoin de se sentir protégé et soutenu. Mais, pouvoir dire : « Ce problème est trop lourd, j'ai besoin de ton aide » n'empêche pas d'agir. Sainte Thérèse de Lisieux disait : « Il faut toujours prier comme si l'action était inutile et agir comme si la prière était insuffisante ». Saint Vincent de Paul affirme même : « Il faut sanctifier ses occupatoins en y cherchant Dieu pour l'y trouver plutôt que pour les voir faites. »

On cherche Dieu aussi pour se sentir pardonné. Certaines choses lourdes peuvent encombrer notre conscience au point de nous gâcher la vie. Nous sommes désolés, Bernard et moi, de n'avoir pas pu nous réconcilier avec Philippe ; mais, maintenant qu'il a pris de la hauteur, j'ai l'impression que les choses sont apaisées (ou dépassées ? ).

Au Cameroun, on dit qu'il ne faut pas être triste quand quelqu'un meure parce que ça l'attriste aussi et qu'il ne peut pas « reposer en paix », ce qui signifie : « être en paix parce qu'on se sent pardonné ».

Les philosophies niant Dieu butent sur l'absurde car : « sans Lui notre vie tombe en ruine » et les régimes politiqes athées deviennent vite totalitaires.

Où chercher Dieu ? Certains vont très loin, parcourent des distances considérables. Mais Dieu est partout, spécialement là où tu es. Je ne sais plus qui a écrit : « Si tu vas au bout du monde, tu trouveras des traces de Dieu, si tu vas au fond de ton cœur, tu trouveras Dieu lui-même».

La recherche de Dieu est une spécificité humaine. Dans son roman « Les animaux dénaturés », Vercors imagine qu'on a découvert une tribu dont les caractéristiques physiques sont exactement intermédiaires entre celles des chimpanzés et celles des hommes (ce que certains appellent le « chaînon manquant »). Une enquête est ouverte pour savoir si ces êtres sont des hommes. La réponse est finalement « oui » parce qu'ils font un geste qui n'est pas nécessaire à leur survie et qui pourrait être un rite religieux.

Comment chercher Dieu ? Une onde hertzienne est invisible, mais avec une antenne bien orientée on peut capter des signaux d'un peu partout. Dieu se manifeste de bien des façons et il faut être attentif au moindre signe (une phrase relevée dans une lecture, une musique, un poème, une fleur, un chant d'oiseau, un songe, une coïncidence étrange etc...). Dieu n'arrête pas de nous envoyer des messages, mais nous n'avons pas toujours envie d'entendre ce qu'il a à nous dire.

Lors d'une interview, Eric Tabarly a dit : « Dieu ? J'ai des doutes, mais certains jours, je doute de mes doutes ». C'est ce que je souhaite à tous ceux qui ont des doutes.

Je suis persuadée que Philippe veillle sur toute la famille et qu'on peut le retrouver dans un rêve, un souvenir...Victor Hugo affirme : « Les morts sont invisibles, mais ne sont pas absents ».

Comment savoir si Jésus est vraiment réssuscité ? Notons d'abord que Jésus n'est pas un mythe, il a vraiment existé, des historiens ont parlé de lui, en particulier le Romain Flavius Josèphe au Ier siècle qui, d'une simple phrase et sans même s'en rendre compte, résume tout le mystère : «Il y a eu une vive polémique à propos d'un nommé Jésus qui est mort, mais que certains disent vivant ».Et puis David Flusser, un historien et exégète juif contemporain dont le livre « Jésus » a été publié en traduction française aux Editions du Seuil. Il s'est appliqué à réfuter les thèses d'un courant philosophique du XXème siècle qui avait tellement réinterprété les paroles de Jésus en fonction de la pensée moderne et opposé le Christ de la foi et le Jésus de l'histoire que l'existence de celui-ci était sérieusement mise en cause.

Après la mise au tombeau de Jésus dans une caverne fermée, ses amis ont affirmé l'avoir revu vivant. Faut-il les croire ? Beaucoup d'entre eux ont préféré mourir plutôt que d'affirmer le contraire. Je ne sais plus qui a dit : « On peut, à la rigueur, accepter de mourir pour une idée fausse, mais pas pour un fait inexact ». Personnellement, je crois les témoins (c'est le sens du mot « martyr ») qui sont prêts à donner leur vie pour appuyer ce qu'ils affirment.

Et Jésus Réssuscité ouvre la voie à notre propre résurrection. La théologienne française Marie-Dominique Trébuchet dit : « La mort n'est pas le bout du chemin : elle en fait partie », de même que l'accouchement permet de passer de la vie intra-utérine à une vie bien plus intéressante.

Sur quoi repose notre confiance en Dieu ? Puisque c'est Jésus lui-même qui nous appelle à le suivre, de quoi avons-nous peur ? Frédéric Ozanam disait : « Pourquoi aurais-je peur de Dieu, je l'aime tant ! », c'est exactement ce que dira aussi Ste Thérèse de L'Enfant- Jésus.

St Claude La Colombière (qui a aidé Ste Marguerite-Marie Alacoque à développer la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus) ose prier ainsi : « Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi et qu'on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toute chose, que j'ai résolu de vivre désormais sans aucun souci et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes ».

Cette résolution peut-elle tenir en temps de difficultés ? Dans son livre consacré à l'oraison : « Du temps pour Dieu », le Père Jacques Philippe nous explique : « Non seulement elles sont inévitables, mais elles sont bonnes, elles purifient notre amour pour Dieu, nous fortifient dans la foi. Elles sont à accueillir comme une grâce et font partie de la pédagogie de Dieu à notre égard pour nous sanctifier et nous rapprocher de Lui. Le Seigneur ne permet jamais un temps d'épreuve qui ne soit pas en vue d'une grâce plus abondante par la suite ».

Sainte Mère Teresa exprimait le souhait : « Que rien, jamais, ne vous fasse souffrir ou pleurer au point d’en oublier la joie du Christ ressuscité ! La joie de Jésus ressuscité, elle est le soleil éclaté de l’Amour du Père, elle est l’espérance du bonheur éternisé, elle est le feu de l’Amour embrasé. Que la joie de Jésus soit force en nous et, entre nous, lien de paix, d’unité et d’amour ».

Maître Eckhart (fin XIIIème siecle, début XIVème), dans ses « Entretiens spirituels, XVII » nous rassure : « Alors même que de grandes imperfections t'auraient fait dévier au point que tu ne puisses plus te croire près de Dieu, tu doit cependant te dire qu'il est près de toi », ce que certains résument en : « Ce n'est pas grave si tu ne crois pas en Dieu, puisque Lui croit en toi ».

Je laisse la conclusion au bienheureux Frédéric Ozanam :

« Nous nous retrouverons au séjour où l'on aime

Et nous échangerons, sous les yeux de Dieu même,

Le long embrassement qui ne finira plus ».

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