"Nous ne décidons pas de devenir chrétiens. Devenir chrétien n’est pas ma décision, je ne me fais pas moi-même chrétien. Certes ma décision est nécessaire, mais c’est surtout une action que Dieu fait pour moi : je ne me fais pas chrétien, je suis assumé par Dieu, pris dans sa main, et ainsi en disant oui à Dieu je deviens chrétien ; devenir chrétien est une action de Dieu. En un sens je suis passif : je ne me fais pas chrétien, mais Dieu fait de moi un homme à Lui, Dieu me prend dans sa main et réalise ma vie dans une nouvelle dimension. Cette réalité de la dimension passive de l’être chrétien est comme le fait que je ne me fais pas vivre, la vie est donnée. Je suis né non parce que je me suis fait homme, je suis né parce que l’être m’a été donné. De même le fait d’être chrétien m’est donné, cela m’est donné à moi, passif, pour devenir actif dans ma vie. Et de cette dimension passive, du fait que l’on ne se fait pas soi-même chrétien, que l’on est fait chrétien par Dieu implique déjà un peu le mystère de la Croix. Ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même que je peux être chrétien. [...]
Avec le baptême, avec l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes nous aussi immergés dans la vie immortelle. Nous sommes vivants pour toujours. En d’autres mots, le baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence comme elle commence pour Abraham, Isaac et Jacob dès lors qu’ils sont dans le nom de Dieu ; ils sont vivants. De même nous, insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle, le baptême est le premier pas de la résurrection, de l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.
Nous avons vu ainsi dans un premier temps avec la formule baptismale de saint Matthieu, les ultimes paroles du Christ qui contiennent l’essentiel du baptême. Avec le rite baptismal nous allons mieux comprendre et plus précisément ce qu’est le baptême. Ce rite, de même que les rites de presque tous les sacrements, est composé de deux éléments : la matière, l’eau, et la parole. Cela est très important : le christianisme n’est pas une chose purement spirituelle, une chose qui ne suggère que des sentiments, une volonté, des idées, mais une réalité cosmique. Dieu est le créateur de toute la matière qui entre dans le christianisme, et c’est seulement dans ce grand ensemble de la matière et de l’esprit, ensemble, que nous sommes chrétiens. Il est donc très important de voir que la matière fait partie de notre foi, comme notre corps fait partie de notre foi; la foi n’est pas purement spirituelle mais Dieu en quelque sorte assume toute la réalité du cosmos et transforme le cosmos et l’attire à Lui. [...]
Dans l’Église antique et encore à travers les siècles on prononçait les paroles : « Renoncez-vous aux pompes de Satan ? » Avez-vous déjà pensé à ce que cela signifie ? Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants où la cruauté devenait un divertissement, où le fait de tuer des hommes devenait un objet de spectacle, le spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ce spectacle sanglant, ce divertissement du mal est la pompe du diable avec son apparente beauté et la réalité de sa cruauté. Au-delà de cette signification immédiate des paroles « pompes du diable » on voulait parler d’un type de culture, d’une way of life, d’un mode de vie où compte non la vérité mais l’apparence, où l’on ne cherche pas la vérité, mais l’effet produit, la sensation. Sous prétexte de montrer la vérité on veut en réalité détruire des hommes, et seulement se créer soi-même en tant que vainqueur. Il s’agit de renoncer à ce type de culture qui est une anti-culture qui s’érige contre le Christ et contre Dieu. Renoncer à une culture qui dans l’évangile de saint Jean est appelée « ce monde ». A propos de ce monde, Jean et le Christ ne parlent pas de la création de l’homme par Dieu mais de la créature qui est dominante et s’impose comme s’il était le monde et du mode de vie qu’elle impose.
Je voudrais réfléchir avec vous sur cette pompe du diable, sur cette culture à laquelle nous devons dire non. Etre baptisé, s’est essentiellement s’émanciper, se libérer de cette culture. Aujourd’hui nous connaissons un type de culture où la vérité ne compte pas, même si en apparence on veut faire apparaître toute la vérité. Seuls comptent la sensation, l’esprit de calomnie et de destruction, c’est une culture qui ne recherche pas le bien, dont le moralisme est un masque pour semer la confusion et la destruction. A cette culture du mensonge qui se présente avec les habits de la vérité et de l’information, à cette culture recherche seulement le bien-être matériel et nie Dieu nous disons non. [...]
A la fin reste une question à laquelle je ne consacrerai qu’une toute petite parole, celle du baptême des petits enfants. Il est juste de le faire, sans qu’il soit nécessaire de faire d’abord un chemin catéchumal pour arriver à un baptême réellement réalisé. L’autre question qui se pose toujours est celle-ci :pouvons-nous imposer à un enfant une chose religieuse qu’il voudra vivre ou non, nous devrions lui laisser le choix. Cette question montre qu’au bout du compte nous ne voyons plus finalement dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la vraie vie ; nous voyons un choix après l’autre, et même un poids qu’il ne faudrait pas imposer sans que le sujet en sache le sens. La réalité est autre. La vie elle-même nous a été donnée sans que nous puissions choisir – « si je veux vivre ou non ». Personne ne peut faire qu’il est né ou non. La vie est nécessairement donnée sans consentement préalable. Elle est donnée ainsi et nous ne pouvons pas décider d’abord – « si je veux vivre ou non ». En réalité la question est de savoir s’il est juste de donner la vie en ce monde sans avoir obtenu le consentement de celui qui vivre ou non. Si je peux réellement anticiper sur la vie, la donner sans que celui à qui on la donne ait eu la possibilité de se décider, je dirais que cela est possible et juste seulement pour autant qu’avec la vie l’on peut donner la garantie que la vie – avec tous les problèmes du monde – est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il existe une garantie que cette vie est bonne, qu’elle est protégée par Dieu, qu’elle est un vrai don, seule l’anticipation de son sens justifie cette anticipation de la vie.
Et alors le baptême, comme garantie du bien de Dieu, comme anticipation du sens du oui de Dieu qui protège cette vie, justifie cette anticipation par rapport à la vie. Donc le baptême des petits enfants n’est pas contre la liberté, il est même nécessaire de le donner pour justifier le don hautement discutable de la vie. Seule la vie entre les mains de Dieu, entre les mains du Christ, immergée dans le nom de la Trinité est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules. Ainsi rendons grâce à Dieu qui nous a donné ce don, qui s’est donné Lui-même. Notre vie, c’est de vivre de ce don, vivre réellement dans un chemin d’après-baptême, renoncer à soi-même et vivre dans le grand oui de Dieu, et ainsi, bien vivre."

 

Benoit XVI

Tag(s) : #Spiritualité

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