Extrait du Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise

Le repos des jours fériés

Le repos des jours fériés est un droit.
« Au septième jour, Dieu chôma après tout l'ouvrage qu'il avait fait » (Gn 2, 2) : les hommes aussi, créés à son image, doivent jouir d'un repos et d'un temps libre suffisants qui leur permettent de s'occuper de leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse. C'est à cela que contribue l'institution du jour du Seigneur. Le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les croyants « s'abstiendront de se livrer à des travaux ou à des activités qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la détente convenable de l'esprit et du corps ». Des nécessités familiales ou des exigences d'utilité sociale peuvent légitimement exempter du repos dominical, mais elles ne doivent pas créer des habitudes dommageables à la religion, à la vie de famille et à la santé.
Le dimanche est un jour à sanctifier par une charité agissante, avec une attention particulière aux membres de la famille, ainsi qu'aux malades, aux infirmes et aux personnes âgées ; il ne faut pas non plus oublier les « frères qui ont les mêmes besoins et les mêmes droits et ne peuvent se reposer à cause de la pauvreté et de la misère »; en outre, c'est un temps propice à la réflexion, au silence et à l'étude, qui favorisent la croissance de la vie intérieure et chrétienne. Les croyants devront se distinguer, ce jour-là aussi, par leur modération, en évitant tous les excès et les violences qui caractérisent souvent les divertissements de masse. Le jour du Seigneur doit toujours être vécu comme le jour de la libération, qui fait participer à la « réunion de fête » et à « l'assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux » (He 12, 22-23) et anticipe la célébration de la Pâque définitive dans la gloire du ciel.
Les autorités publiques ont le devoir de veiller à ce que les citoyens ne soient pas privés, pour des raisons de productivité économique, d'un temps destiné au repos et au culte divin. Les employeurs ont une obligation analogue vis-à-vis de leurs employés. Les chrétiens doivent, dans le respect de la liberté religieuse et du bien commun de tous, se prodiguer pour que les lois reconnaissent les dimanches et les autres solennités liturgiques comme des jours fériés : « Ils ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine ». Tout chrétien devra « éviter d'imposer sans nécessité à autrui ce qui l'empêcherait de garder le jour du Seigneur ».

 

La dimension spirituelle du repos

Mais peut-on bien travailler, au sens où nous l’avons expliqué, sans s’occuper aussi de se reposer ? Et que signifie ce repos dans l’œuvre de co-création à laquelle nous sommes appelés ? C’est là un point essentiel : il n’y a pas de travail sans repos. Pourquoi ?

1. Nous sommes créatures
Parce que nous ne sommes que créature, nous nous fatiguons. Accepter le repos, c’est accepter notre fragilité et donc notre condition de créature. Il n’est pas rare que nous voulions « dépasser nos limites ». Orgueil de la créature qui se croit créatrice d’elle-même. Souvent, la nature (fatigue, maladie) nous rattrape et nous ramène à notre humble condition de créature. Même si nous sommes co-créateurs, nous ne sommes pas Dieu.

2. Quand Dieu même se repose
Mais ce n’est pas seulement une exigence physiologique, c’est un devoir spirituel. Le repos est la condition du travail libre. Il a une dimension spirituelle forte. Dieu nous le révèle. Car la dimension spirituelle du repos est inscrite clairement dans le processus de création par Dieu Lui-même. Genèse 2, 3 : « Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action. » Pourquoi Dieu a-t-il besoin de se reposer ? Certes, pas parce qu’Il pourrait se sentir fatigué… Cela veut donc dire que l’exigence de repos n’est pas liée qu’à notre condition de Créature limitée. Dieu se repose aussi parce que, s’Il ne se reposait pas, Il deviendrait esclave de son travail et n’arrêterait pas de créer. Dieu échappe à Sa création. Il a créé par volonté d’amour. Mais il n’était pas obligé de le faire : c’est pourquoi Son dernier acte consiste à ne rien faire, pour marquer qu’Il est plus grand que ce qu’Il crée.
À Son image et à Sa ressemblance. Pour nous chrétiens, le repos, ce n’est pas un plus, des vacances, une nécessité physiologique indispensable comme le voudrait la société contemporaine ; c’est plus profond, plus spirituel, et absolument nécessaire si l’on veut se conformer à l’acte créateur tel que Dieu nous le transmet. Il y a une dignité du travail, car il y a une dignité du repos. Je décide de m’arrêter de travailler à telle heure, et je reprends demain. C’est moi qui suis maître de mon travail, non l’inverse. Je peux alors consacrer mon temps à remercier le Seigneur parce qu’Il m’a fait confiance en me donnant la possibilité d’agir. Je peux entrer dans Son repos.
L’offensive contre le repos, contre le repos du dimanche en particulier, mais aussi la culpabilisation pour certains lorsqu’ils ne travaillent pas, tout cela est une atteinte à la dignité de l’homme, à sa liberté créatrice. Il faut savoir « arrêter l’œuvre de [nos] mains » nous aussi, pour être libres de notre travail. Aussi c’est très important spirituellement, de savoir se reposer… et d’aider les autres à le faire.

PY Gomez

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