La solitude est sans courage
Et les volets restent fermés.

La solitude fait des ravages
Les vacances et les jours fériés, les beaux dimanches, l'hiver, l'été.

La solitude c'est à tout âge :
dix-huit années et l'horizon bouché.

La solitude a le visage
D'une jolie fille et de son bébé. Oui, mais ses rêves sont dévastés.

La solitude ça voyage
Mais sans bagage et sans ticket au fond d'un lit ou sur un quai.

La solitude a l'air si sage
Le corps caché dessous les draps si bien tirés.

La solitude c'est mon grand âge
Si je suis resté le dernier de mon ancien quartier.

La solitude c'est un étage
Et des paquets trop lourds pour monter l'escalier.

La solitude ça départage et ça dégage
Tous les CV mal rédigés.

La solitude est dans l'cirage
Quand elle n'a rien eu à manger, même pas quelque chose de volé.

La solitude jette avec rage
Un petit cahier d'écolier mal noté.

La solitude prend en otage
Tous les vouloirs, tous les projets, tous les élans, tous les désirs.

La solitude ça déménage
Dans la pensée, dans les idées, des cœurs froissés.

La solitude a cent visages,
Le mien aussi parfois peut-être
Et pourtant je pourrais tisser un fil, un lien, un écheveau, tout un réseau.

La solitude a cent visages
Éteints, brouillés ou suppliciés à ton image de crucifié,
Et moi qui recherche des traces, des preuves de ta divinité
Je devrais contempler ta face dans ton humanité blessée.

Qu'est-ce que j'attends pour faire tomber
Les murs de ma timidité !
Tu es là, tout juste à côté !

 

Raphaëlle Chevalier-Montariol,
(1950-2009),
descendante de Frédéric Ozanam,
auteur de plusieurs ouvrages sur lui,
Texte écrit le 23 septembre 2006.

Tag(s) : #Prière

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