L'ostentation des scribes - L'aumône de la pauvre veuve

 

Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre.


L'obole de la veuve

Mc12,41-44

 

Jésus était observateur. Il aimait les choses et les êtres. Selon lui, les humbles réalités de la vie étaient pleines de leçons pour qui savait les voir avec son cœur.

Comme les sages de l'Ancienne Alliance, Jésus se passionnait pour l'homme, et surtout pour la manière dont l'homme cherchait Dieu et parlait à Dieu.

Ce jour-là il s'était assis et regardait, tranquillement, comment les croyants d'Israël apportaient leurs pièces pour le trésor du temple, "le denier du culte", en quelque sorte. Mais en fait de denier, la pauvre veuve, la veuve pauvre, n'avait que quelques petites pièces, minces et légères.

Jésus a aimé son geste. Il a appelé ses disciples auprès de lui, comme pour leur communiquer un enseignement important :"Amen, je vous le dis …" C'est ainsi que Jésus introduisait les certitudes ou les leçons qu'il voulait inculquer à ses disciples :"Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres dans le trésor". 

 Tout d'abord elle a donné malgré sa pauvreté. Sa pauvreté ne l'a pas découragée. Bien que pauvre, elle avait quelque chose à donner à Dieu. Ce jour-là, elle a su faire pour Dieu une folie : donner à Dieu sa dernière assurance, s'en remettre à Dieu pour l'avenir, et pour le pain d'aujourd'hui.

Elle a accepté de manquer, pour que Dieu, dans sa vie, fût le premier servi. Elle a su affronter le risque de manquer, comme la veuve de Sarepta, qui a sacrifié pour Élie sa dernière poignée de farine.

Elle n'a pas eu peur de sa pauvreté, ni devant Dieu ni devant les hommes.

Elle ne s'est pas dit :"De quoi vais-je avoir l'air, venant après "beaucoup" de riches qui ont donné "beaucoup", moi qui vais être seule à donner quasi rien !

Elle ne s'est pas dit :"Seuls les riches sont intéressants ; moi, je n'ai qu'à m'écraser devant Dieu et devant les hommes, parce que je suis pauvre et que je le serai toujours".

Elle n'a pas regardé le don des autres pour s'en attrister, elle n'a pas songé à comparer.

Elle a donné "comme elle avait résolu dans son cœur", pour reprendre la formule de Paul.

Et non seulement elle a su donner, bien que pauvre, mais elle a donné sa pauvreté ; et c'est cela surtout qui a touché Jésus.

Elle savait que son obole allait la rendre plus pauvre encore, mais sa foi toute simple et droite lui disait que Dieu l'aimait ainsi, qu'elle n'avait pas à devenir riche pour pouvoir donner.

Dieu accueille avec joie l'offrande d'une pauvre qui reste pauvre, et qui accepte de le rester devant lui et devant les hommes.

Jésus, dans ce don inconditionnel, retrouve l'un des réflexes de son propre cœur :

"lui qui, de riche qu'il était, s'est fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté".

 

Il y a tant de manières de se sentir démuni :

démuni d'atouts pour faire sa route dans la vie,

démuni de santé ou de grâce physique,

démuni d'appuis ou d'amitié.

 

Et parce que toutes ces pauvretés nous déprécient à nos propres yeux, nous serions tentés d'en faire reproche aux autres et à Dieu. Mais la veuve de l'Évangile nous montre le vrai chemin : oui, nous sommes pauvres, mais nous savons quoi faire de notre pauvreté :

la reconnaître,

la présenter au Seigneur,

et nous mettre, dès aujourd'hui, sans attendre, au service du Royaume, tels que nous sommes,

 tels que Dieu nous voit et nous aime.

Père Jean

 

Ce texte résonne particulièrement pour moi et je ne peux m'empêcher de vous transmettre l'homélie du père Dominique mais aussi ces quelques mots de Saint Vincent de Paul.

Vient une pauvre veuve. Elle donne trois fois rien, c’est-à-dire rien. Il n’y a rien en elle qui attire le regard : si Jésus n’avait pas attiré l’attention des disciples, qui l’aurait remarquée ? Jésus est capable de voir que cette pauvre femme donne tout ce qu’elle a pour vivre. Si on voulait donner une traduction littérale du dernier verset, nous dirions « elle a donné toute sa vie » ! La formule fait frémir. Dans l’humilité et le silence, une femme a donné plus que ceux qui paradent, honorés de nos regards et de nos discours de remerciements, eux qui n’ont pas mis leur vie en danger. Cette femme nous est donnée en exemple par Jésus, elle devient un modèle pour tout disciple : ce qui importe est de se donner soi-même, sans rien retenir.

Dans cette femme, Jésus voit également le chemin qui l’attend, la mort qu’il a choisie. Par le don de sa vie, complètement déraisonnable puisqu’elle se sépare de ses ressources vitales pour construire un temple dont il ne restera bientôt plus pierre sur pierre, la vieille femme est l’image du don que fera Jésus de sa vie, que Pierre juge complètement déraisonnable. Mais par sa situation scandaleuse – les riches ne donnent que leur superflu et les scribes qui devraient la protéger vivent à ses dépends – la vieille femme montre aussi à quelle absurdité un mauvais usage des préceptes religieux peut conduire. Ainsi, ce sont les chefs religieux qui discerneront que Jésus doit mourir pour le bien du peuple. L’exemple de la veuve est donc complexe, beau et tragique à la fois.

Que l’Esprit de Pentecôte, venu nous enseigner toute chose nouvelle, ouvre nos yeux à la réalité du monde, qu’il nous apprendre à connaître Jésus pour le reconnaître en toute circonstance et nous donne la force de le suivre fidèlement où il nous entraîne, sûrs que là est la vraie vie, confiants dans la promesse du Père.

Frère Dominique

 

 

TOUT DONNÉ À DIEU ET AUX PAUVRES


Ma Sœur combien serez-vous consolée à l’heure de la mort d'avoir consommé votre vie pour le même sujet pour lequel Jésus Christ a donné la sienne.’ C’est pour la charité, c’est pour Dieu, c’est pour les pauvres. Si vous connaissiez votre bonheur, en vérité ma Sœur vous seriez ravie de joie, car en faisant ce que vous faites, vous accomplissez la loi et les prophètes, qui nous commandent d'aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Et quel plus grand acte d'amour peut-on faire que de se donner soi-même tout entier, d’état et d'office, pour le salut et le soulagement des affligés.’ Voilà toute notre perfection (VII, 382).

 

En lisant ce texte je pense à une pauvreté qui nous touche particulièrement en ce siècle, celle du manque de temps. Puissions nous aujourd'hui et demain donner du temps ............. à Dieu et aux hommes

 

Le temps de Dieu
Il y a un temps pour tous les êtres.
Mais ce temps n’est pas le même pour tous.
Le temps des choses n’est pas celui des bêtes.
Et celui des bêtes n’est pas celui des humains.
Et par-dessus tout et différent de tout,
il y a le temps de Dieu
qui enferme tous les autres et les dépasse.
Le cœur de Dieu ne bat pas
au même rythme que le nôtre.
Il a son mouvement propre.
Celui de son éternelle miséricorde
qui s’étend d’âge en âge et ne vieillit jamais.
Il nous est très difficile d’entrer
dans ce temps divin.
Et cependant, là seulement,
nous pouvons trouver la paix.

 

Extrait de La sagesse d’un pauvre d’Eloi Leclerc (Ed. Franciscaines).

 

Et dans le cadre de la lutte contre la solitude, ce beau texte de Christian Bobin peut-être écrit pour la veuve.

 

Je crois que pour vivre - parce qu’on peut passer cette vie sans vivre, et c’est un état sans doute pire que la mort - il faut avoir une chose qui n’est malheureusement pas si courante, et là il s’agit d’une grâce. Pour vivre, il faut avoir été regardé au moins une fois. avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. Même si on ne vous porte plus, même si on ne vous aime plus. même si on ne vous regarde plus, ce qui a été donné. vraiment donné. une fois, l’a été pour toujours. A ce moment-là. vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel.

Christian Bobin La grâce de solitude

Tag(s) : #Spiritualité

Partager cet article

Repost 0