« On ne peut donner ce qu'on n'a pas'»

Par cette phrase, saint Vincent de Paul rappelait à ses frères missionnaires, au crépuscule de sa vie, qu'il était vain de vou­loir « porter loin et près l'amour de Dieu » et « enflammer les nations » si, comme le dit saint Paul, « Je n'ai pas la chanté ». Comment en effet brûler de charité envers le prochain, si ce feu divin déposé en moi n'est pas entretenu ? La charité n'est pas à sens unique. De plus, ce n'est pas qu'une « affaire » entre Dieu et moi. Vincent ajoute : « Comment la donnerons-nous aux autres, si nous ne l'avons pas entre nous ? La charité est une charge communautaire, une mission ecclésiale car c'est le bien de tous, le bien commun et la crédibilité de notre témoignage qui sont en jeu... »

« Combien dois-je brûler moi-même de ce feu divin ? »
La prière - sous toutes ses formes - est un acte de charité : charité envers Dieu et charité envers le prochain². Elle est don, offrande, louange, appel... Elle est aussi accueil, réception, écoute et silence.

« L'amour de Dieu est si grand »
Vincent poursuit son entretien en citant saint Thomas d'Aquin qui pose la ques­tion : « Qui mérite davantage, celui qui aime Dieu et néglige le prochain, ou un autre qui aime le prochain pour l'amour de Dieu ?» Saint Thomas conclut qu'il est plus méritoire d'aimer le prochain pour l'amour de Dieu, que d'aimer Dieu sans application au prochain. Cet exemple nous dit également qu'il peut nous arriver de « négliger » Dieu, de nous détourner de Lui, de nous lasser de ce qu'il donne. C'est l'épisode biblique du « veau d'or », des ido­les et des faux dieux. C'est le syndrome des « oignons d'Egypte3 »... L'homme, avant d'aimer, d'aller vers son prochain, est-il capable d'accueillir l'amour insondable de Dieu, de le recevoir chez lui tel Abraham au chêne de Mambré, d'aller à sa rencontre ? Cet amour de Dieu est si grand que l'entendement humain ne peut le com­prendre et, ajoute Vincent : « Il faut que les lumières d'en haut nous élèvent pour nous faire voir la hauteur et la profondeur, la largeur et l'excellence de cet amour. »

Le pélican
Pour ses auditeurs, Monsieur Vincent par­lait avec simplicité et utilisait volontiers des images ou des comparaisons anima­lières, comme le faisait son ami François de Sales. En voici une très ancienne : celle du pélican. Cette image figure le Christ qui nourrit ses enfants par sa Parole et par son Pain, en donnant jusqu'à sa Vie même. Nous pouvons la voir sculptée sur les portes d'entrée des églises, sur les portes des tabernacles, ou encore repré­sentée dans les vitraux. Elle signifie que L'Église a largement reçu de Dieu. C'est pourquoi elle peut, comme le Christ Jésus, largement donner. Mais elle ne donne que ce qu'elle s'est disposée à recevoir. À l'image du pélican, nous pourrons en Conférence continuer à donner largement si nous prenons chaque jour le temps de recevoir largement de Dieu sa nourriture et donc les forces vives dans la prière, la méditation, le partage de la Parole et les sacrements renouvelables de l'eucharistie et de la réconciliation. //

 

Par Jérôme Delsinne, cm

Les cahiers Ozanam
n° 196, nov-déc 2011

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1 Saint Vincent de Paul, conférence aux prêtres et aux frères de la Mission, le 30 mai 1659, De la charité,SV XII, 264.
2 - Deutéronome 6, 5 et Lévitique 19,18 et 34.
3 - Nombres, 11, 5-6 : « Ah ! Quel souvenir ! Le poisson que nous mangions pour rien en Egypte, les concombres,les melons, les laitues, les oignons et l'ail ! Maintenant nous dépérissons, privés de tout : nos yeux ne voient plus que de la manne ! ».

Tag(s) : #Spiritualité

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