• Mc 4, 35-41
    Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d'autres barques le suivaient.
    Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d'eau. Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.
    Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? » Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
« Passons sur l’autre rive ». Nous sommes des êtres en partance. Jésus aussi prend le large, il nous emmène toujours plus loin ; avec lui, il n’est pas question de s’installer ni de se reposer. Pour entrer dans la vie, il faut mourir à nos sédentarisations, il faut franchir les mers de nos inerties et nous mettre dans le dynamisme de l’Esprit.

Nous le savons, la mer symbolise la mort dans la culture biblique. En emmenant ses disciples affronter la mer, Jésus leur montre où conduit son enseignement quand on le vit jusqu’au bout. Il faut entrer dans un combat, un combat violent, disproportionné avec nos moyens et notre raison. Le contraste est fort entre les flots déchaînés et le calme sommeil de Jésus. Il se repose, il s’abandonne dans les mains du Père ; dans la barque comme sur la Croix. Mais les disciples, lorsque Jésus se tait, s’imaginent qu’ils sont perdus.

Alors, Jésus se lève, il ressuscite, et lance aux éléments l’ordre de s’apaiser. Jésus montre ainsi qu’il est Dieu, seul maître de la mer, unique vainqueur de la mort. Mais les siens ne l’ont pas reconnu, ils ne comprennent pas. « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Mais nous, avons-nous mieux compris qu’eux ce qui se passe ? Nous voici renvoyés au concret de nos quotidiens où Jésus semble dormir à la réalité que nous percevons. Par cette eucharistie, laissons-le nous éveiller à la réalité, au monde tel qu’il est, à nos vies telles qu’il les voit. Et entrons joyeusement dans une contemplation vertigineuse qui n’a pas fini de nourrir notre action de grâce.
Frère Dominique
 
 
Nos peurs sont diverses ! L'exercice 4 du parcours Zachée nous interpellent sur la peur de manquer (Luc 12  16/21).
Prenons conscience de la présence de cette peur chez le pauvre qui nous est proche. Confions la dans nos prières au Christ de saint Vincent..................et retroussons nous les manches.

Province de Paris


1. Le Christ de S. Vincent

Je n’y avais pas prêté attention. J’ai repris la confession de Foi de l’Église que je récite par cœur, avec autant de sincérité et de conviction que S. Pierre à Césarée de Philippe.[1] Voici ma découverte. Il y a dans notre Credo, comme une anomalie, on passe directement de la naissance de Jésus à sa souffrance et à sa croix… comme s’il n’y avait rien eu entre ces deux moments, entre ces deux événements. Trente d’années d’Évangile passées sous silence. Tout le ministère de Jésus dans le noir; ou plutôt, résumé d’un seul mot: la Croix. La croix de Jésus-Christ serait-elle l’épicentre de notre foi constamment malmenée par les secousses de la vie? Serait-elle le signe de l’incarnation rédemptrice?

Simon-Pierre, au nom de tous les siens, passe brillamment le test de la Foi. À la question: “Pour vous, qui suis-je?” Il reconnaît et proclame la vraie identité de Jésus: Messie, Fils du Dieu vivant, autant dire qu’en Jésus, Dieu vient en Libérateur, en Sauveur. Grâce à la révélation du Père, Simon-Pierre donne dans le mille des vues de Dieu. Jésus félicite Pierre. Jésus dit du bien de Pierre. Jésus donne une béatitude à Pierre qui est un roc, fiable, solide pour la construction de son Église. Mais alors que débute le stage de formation des apôtres, la première leçon de Jésus sur la passion et la croix, a du mal à passer. Pierre réagit immédiatement, comme un garde du corps. Pierre “passe” devant Jésus, lui fait barrage. Le généreux Pierre se fait remettre vertement à sa place: “Passe derrière moi!” Pierre n’est donc pas l’alignement. Il dépasse son rôle, comme dépasse du chemin de croix la pierre qui fait trébucher. La croix, à vues humaines est un scandale satanique. Cela, comme Pierre, nous pouvons le trouver tout seul; la chair et le sang suffisent à le démontrer. Le Père ne nous le révèle pas. De fait, par rapport à la souffrance et à la croix nos pensées ne sont pas celles de Dieu. Les vues de Dieu sont impénétrables. Mais le Père donne Jésus son Fils pour notre libération et notre salut qui passent par la mort et la mort sur la croix.[2] L’action libératrice et salutaire de Dieu se déploie avec puissance et se manifeste avec éclat au plus profond de l’anéantissement humain.[3]Dieu est l’Absolu de l’amour. Il donne sa vie en Jésus-Christ pour nous sauver. Le paradoxe dit le mystère – aussi le chemin pour rejoindre Dieu-Père c’est Jésus-Christ, la vérité et la vie, car c’est le chemin que Dieu a pris pour nous rejoindre.

J’y ai apporté beaucoup d’attention. À lire et relire les écrits de S. Vincent, tant ses lettres parvenues jusqu’à nous, que les entretiens aux missionnaires ou aux filles de la charité, ainsi que les Règles communes qu’il leur a remises, je suis impressionné, fasciné même, non par le sens du pauvre de S. Vincent, mais par son approche de Jésus-Christ. Qui est plus que lui, engagé dans le monde de son temps? Et dans les secteurs les variés? Or, comme Ste Thérèse d’Avila, S. Vincent vit “dans le milieu divin”. Il est en permanente familiarité avec Celui qu’il appelle “Notre Seigneur”, mais aussi “Jésus-Christ”.

“Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus-Christ et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ et que pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ”.[4]

Il y a huit fois le nom de Jésus-Christ dans cette phrase. Toutes les lettres commencent par la formule: “La grâce de Notre Seigneur soit avec vous!” et souvent au cours de la lettre, au cours de la conférence, il rappelle, à propos de tout et de rien une phrase de l’évangile, un exemple de la vie de Jésus, une de ses paroles. Le Christ est au centre de la vie, de la pensée, de l’action de S. Vincent.

Cela n’est pas original. Et on peut le dire de beaucoup de saints ou de chrétiens canonisés. Ce qui est spécifique de S. Vincent et de l’identité vincentienne c’est l’approche que S. Vincent fait, la manière dont il aborde Jésus-Christ, l’angle sous lequel il voit et contemple Jésus-Christ. Écoutons-le:

“Si on demande à Notre Seigneur qu’êtes-vous venu faire sur la terre? Assister les pauvres… autre chose? Assister les pauvres!” et de citer Luc 4, 13-18, c’est-à-dire la première homélie de Jésus à la synagogue de Nazareth, un jour de Sabbat. On lui présente le livre du prophète Isaïe. Il déroule le livre, trouve le passage où il est écrit: “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré: Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux Pauvres” et il continue la citation: “les boiteux marchent etc.”, et repliant le rouleau le Christ conclut: “Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture” (ce qui est proprement la définition de l’homélie).

Le Christ de S. Vincent c’est le Christ de Luc, c’est le Christ Évangélisateur des Pauvres. Quand S. Vincent dit “assister” il ne parle pas comme on parlera au 19e ou au 20e siècle avec un relent de paternalisme ou de maternalisme, en évoquant “la charité”, car au 17e siècle l’assistance est une présence active. Il s’agit pour S. Vincent du souci de faire en sorte que la Bonne Nouvelle rejoigne les pauvres, non pas seulement par la parole mais dans les faits.

“Évangéliser c’est rendre effectif l’Évangile”. Donc le Christ est au cœur de la Foi de S. Vincent parce que le Christ a été et est au cœur de sa vie. Dans la tradition des apôtres, S. Vincent s’est donné à Dieu pour suivre Jésus, Notre Seigneur. Il ne se veut que le disciple qui suit Jésus. Quand S. Vincent dit “Jésus-Christ”, il se réfère à son humanité: Jésus, né de Marie à Bethléem qui est passé en faisant le bien. Quand S. Vincent dit “Notre Seigneur”, il proclame le mystère de la Foi au Fils de Dieu, le Sauveur, le Ressuscité.[5] S. Vincent est émerveillé du comportement divin de l’homme Jésus. C’est, me semble-t-il une clé de lecture pour approfondir la conception qu’a S. Vincent du sacerdoce. Il ne sépare pas le sacerdoce et la spiritualité du prêtre, du sacerdoce et de la spiritualité des baptisés. Fait plus interpellant encore, il parle moins du prêtre que les autres fondateurs des divers instituts de l’École Française. M. Vincent, sans employer l’expression “sacerdoce des baptisés” ou “sacerdoce des laïcs”, galvanise ses troupes pour qu’elles suivent le Christ Évangélisateur des Pauvres. Aussi, missionnaires. – prêtres comme frères -, filles de la charité, membres des confréries de charité sont pour lui, d’abord des baptisés. Il propose à tous la spiritualité des chrétiens, “de la religion de S. Pierre”.

 

2. Le sacerdoce commun aux baptisés

Il faut donc bien distinguer sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel (sacrement de l’ordre) appelé aussi sacerdoce du prêtre. Au temps de S. Vincent, dans les années de l’après concile de Trente, où l’on débat entre protestants et catholiques du sacrement de l’ordre, les protestants nient le sacrement, ils font des ministères du pasteur un simple rôle de délégation par la communauté.

“Après les grands théologiens du Concile, Bérulle, S. Vincent, puis Jean-Jacques Olier et S. Jean Eudes furent les premiers en France à aborder ce problème autant sur le plan théologique – quoique fort brièvement – que sur le plan pratique. Restaurer la crédibilité du ministère presbytéral, dans la doctrine et dans la vie concrète des prêtres, fut une de leurs grandes préoccupations: la vie y poussait! Et cela fit partie de leur vie spirituelle”.[6]

Les spirituels groupés autour de Bérulle ou plus ou moins influencés par lui, ont produit des traités – ce que n’a pas fait M. Vincent – mais ils ont peu écrit sur le sacerdoce presbytéral. C’est surtout dans leur action et dans quelques textes que l’on peut percevoir leur vision du prêtre. La préoccupation de ce groupe, appelé l’École Française, est perceptible dans quelques grands axes de pensée concernant le Sacerdoce.

1. Jésus-Christ est notre Unique Grand Prêtre. Il est le parfait adorateur du Père, et à la fois parfait sacrificateur et parfaite victime.[7]

2. Tous les baptisés participent au sacerdoce du Christ et à sa mission sacerdotale.

3. Cette mission sacerdotale s’exerce en trois fonctions:

- consacrer le corps eucharistique du Christ et unir pour construire son corps mystique en particulier par le sacrement de réconciliation. Cette fonction est propre au sacerdoce ordonné, ministériel, au titre de la représentation du Christ-tête. Le prêtre est le rassembleur, à la fois le Signe et l’Acteur de l’union et de la réconciliation. L’union et la réconciliation sont une grâce à recevoir, une tâche à accomplir; ce travail en vue de l’unité et de la réconciliation appartient à tous les baptisés.

- offrir sa vie et le sacrifice eucharistique[8]. Cette fonction est celle du peuple des baptisés: hommes, femmes, consacrés, ordonnés. Le lien de l’Eucharistie avec la vie concrète est une des caractéristiques de l’École Française. Le concile Vatican II l’exprime avec toute son autorité et la même insistance.

- enseigner, c’est-à-dire, parler, annoncer la Bonne Nouvelle, évangéliser, comme le Christ. Ce ministère d’enseignement, “par œuvres et par paroles” dit S. Vincent, appartient à tous les baptisés et donc aussi aux ministres ordonnés, à titres divers, avec des modalités propres selon la vocation personnelle et la mission reçue à l’ordination. Les Laïcs, les hommes comme les femmes, ont un ministère spirituel et corporel reconnu y compris dans leurs actes notamment dans le domaine caritatif.

Ces grands axes de la pensée de l’École Française s’expriment dans ces trois fonctions de la mission sacerdotale du Christ.[9]

Parmi ces réformateurs du clergé et ces formateurs des prêtres en France au XVIIe siècle, S. Vincent a un rôle de premier plan. Il n’est pas un théoricien et il n’a laissé aucun exposé dogmatique. S. Vincent est un acteur au service des baptisés et parmi eux, des ordonnés.

Les Exercices spirituels des ordinands, les Conférences du mardi, les Retraites ecclésiastiques, les séminaires, l’aide aux Évêques et à l’Épiscopat sont certes spécifiques de son action en faveur du sacerdoce ministériel, mais son action est toute aussi rayonnante dans ses autres entreprises: Confréries de charité, animation des Filles de la charité, missions… Aussi S. Vincent ne développe-t-il pas la doctrine sur le sacerdoce des prêtres, ni sur le sacrement de l’Ordre; il s’attache à montrer aux prêtres les exigences pratiques de leur sacerdoce et il les aide à les vivre. Il tire de la doctrine traditionnelle de l’Église jusqu’aux dernières conséquences sur le plan pastoral et missionnaire. S. Vincent, acteur de la mission et de la charité, est prioritairement un témoin qui parle d’expérience: “telle est ma foi, telle est mon expérience” dit-il volontiers. À la différence de Bérulle et d’Olier, dont la pensée revient habituellement sur les états éternels du Verbe incarné, M. Vincent insiste surtout sur l’aspect “rédempteur” de l’Incarnation et du sacerdoce. Pour lui, Jésus est avant tout le “Rédempteur au travail”, le “Sauveur”. C’est sous ce dernier titre qu’il l’invoque spontanément au cours de ses entretiens. Parce qu’il est foncièrement “missionnaire”, ce n’est pas la vertu de religion qui est au premier plan de sa conception du sacerdoce, mais la charité, le zèle du Bon Pasteur. Et la première besogne à laquelle le porte son amour de Dieu, qui est l’âme de son activité, est le salut de ses frères. Il insiste donc sur le caractère concret et historique de la mission de Jésus-Christ; et c’est à la tâche rédemptrice de Jésus au milieu des hommes qu’il ramène, comme à une réalité historique vivante, dont le sacerdoce prolonge actuellement l’action.

 

3. L’aspect apostolique et missionnaire du sacerdoce

selon l’expérience de S. Vincent

Quand M. Vincent est rattrapé par son histoire il a cette confidence: “Pour moi, si j’avais su ce que c’était (être prêtre) quand j’eus la témérité d’y entrer, comme je l’ai su depuis, j’aurais mieux aimé labourer la terre que m’engager en cet état redoutable”[10]. S. Vincent revisite les étapes de sa vie. Il sait ce que son expérience doit à son terroir natal, à sa famille. Il se revoit aux études à Dax, à Toulouse. Il revit son parcours un peu “carriériste” et sa montée à Paris. Comment il a vécu l’exclusion à la suite d’une injuste accusation de vol; comment il a ressenti la nuit noire des doutes contre la foi. Comment, après un itinéraire tourmenté, il sort apaisé. Il se croyait fait pour brûler la vie jusqu’à une honnête retraite; c’est la vie qui va le consumer. Il s’est donné à Dieu et décide de donner sa vie aux pauvres. En 1617, avec les expériences de Ganne-Folleville et de Châtillon dans la Dombes, c’est la libération. À Folleville, il prend la mesure de la désertification spirituelle des campagnes et de l’ignorance du clergé. Le réflexe est celui du prêtre; grâce à Mme de Gondi, il se lance avec d’autres dans la mission. À Châtillon, c’est le choc de la pauvreté. Le réflexe de S. Vincent celui du “laïc”; grâce à la solidarité des femmes, il lance la Confrérie de la charité. La Mission et la charité vont dès lors, être les deux expressions complémentaires de son expérience humaine et spirituelle. Elles se concrétisent dans ses institutions: la Congrégation de la Mission (1625), la Compagnie des Filles de la charité (1633): c’est le temps des réalisations.

La réalité concrète de son expérience missionnaire commande sa pensée sur le sacerdoce. Et cette expérience, S. Vincent la vit avec des baptisés et massivement des laïcs: des hommes, des femmes, des pauvres. La Mission est l’affaire de tous les baptisés, et bien sûr des prêtres.

a) Par le baptême, les fidèles sont revêtus de Jésus-Christ qui les consacre et les identifie à Jésus; faisant circuler sa vie en eux de telle sorte que soit constitué son corps mystique[11].

b) Identifiés à Jésus, les baptisés sont aussi consacrés à l’œuvre de Jésus. Ils offrent leur vie, à sa suite et comme Lui. Ils reproduisent “au naïf” l’acte de l’unique Prêtre, Jésus[12]. Tous les baptisés sont prêtres avec Jésus-Christ. Ce sacerdoce baptismal s’exprime par la consécration totale de soi-même. Ainsi les vœux des frères et des pères de la Congrégation de la mission et des Filles de la charité concrétisent ce sacerdoce baptismal. L’offrande de soi et de sa vie est un don total à Dieu.

c) Si le prêtre ordonné consacre seul le pain et le vin au Corps et au Sang du Christ, tous les baptisés offrent, non seulement leur vie, mais avec le prêtre et le Christ, l’Eucharistie[13].

d) Fruit d’une élection de Dieu, le baptême est source des vocations et des missions et donc aussi des Ministères non ordonnés et ordonnés. S. Vincent rappelle constamment à ses missionnaires, frères et prêtres, comme aux Filles de la charité que le service du Christ dans la personne des plus démunis, rend effectif l’Évangile. C’est dire que les baptisés sont des apôtres, des prophètes, des témoins qui proclament par leur vie et leurs divers engagements qu’ils sont à Dieu et non pas à eux, comme le Christ. Le moteur comme le but de leur être et de leur vie est Jésus-Christ, Crucifié et Ressuscité.

Les « vincentiens” répondent à un appel personnel du Christ, cherchant à L’accueillir en eux, à Le laisser vivre en eux et à Le servir en la personne des pauvres. Ils se nourrissent intensément, assidûment de Jésus-Christ par la prière, l’oraison, l’étude et la méditation de la Parole de Dieu, la fréquentation régulière des sacrements, surtout de l’Eucharistie et de la Réconciliation, afin d’être sûrs que son accueil et sa rencontre sont leur seul mobile.

 

4. Le sacerdoce du Prêtre selon S. Vincent

Le mot employé par S. Vincent pour définir le prête est le mot “instrument”: “Dieu a envoyé les prêtres comme il a envoyé son fils pour le salut des âmes”[14]. —“Nous y sommes appliqués comme des instruments par qui le Fils de Dieu continue de faire du ciel, dans tous les siècles, ce que lui-même a fait sur la terre en sa vie”[15].

“Instrument” de Jésus-Christ, non pas instrument inerte, interchangeable, irresponsable. Mais instrument choisi par le Seigneur et voulu par lui intelligent, libre, responsable. Et Vincent soulignera que les “prêtres sont irremplaçables dans leur rôle auprès des âmes que Dieu leur a destinées”[16].

Il précise encore: “Nous sommes choisis de Dieu comme des instruments de son immense et paternelle charité qui se veut établir et dilater dans les âmes… Notre vocation propre est donc d’embraser le cœur des hommes, faire ce que le Fils de Dieu a fait, lui qui est venu mettre le feu au monde. Il est donc vrai que je suis envoyé non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer. Il ne suffit pas d’aimer Dieu si mon prochain ne l’aime”[17].

La condition pour être l’instrument de Jésus-Christ? Se mettre dans la main de Dieu comme le Christ, être intimement uni à Lui au cours de l’action pastorale. Cette “docilité” pour être constante doit se conquérir inlassablement et tous les jours à la messe. La célébration de l’Eucharistie, la communion situent au cœur de l’Alliance avec le Seigneur qui a été obéissant jusqu’à la mort par amour pour nous et pour notre salut.

Sans cette docilité, sans cette obéissance, le prêtre faillit à sa mission qui est de “confectionner” le Corps Eucharistique du Christ par la consécration et le Corps Mystique du Christ par l’animation.

La spiritualité et la sanctification des prêtres découlent de ces deux aspects indissociables. Si bien que selon S. Vincent, la voie de sainteté des prêtres, l’exemple qu’ils doivent suivre n’est pas le Christ en tant qu’Évangélisateur des Pauvres, mais le Christ Prêtre. Il faut que les prêtres se conforment à Lui, imitant sa religion vers son Père et sa charité envers les hommes[18]. L’on peut percevoir ici l’influence de Bérulle qui unit adoration et mission; mais aussi et surtout la méditation de S. Vincent sur la Messe. En effet, au moment d’entrer dans la prière eucharistique, le prêtre appelle les fidèles à l’union dans la prière au moment d’offrir le Sacrifice de toute l’Église. La réponse des fidèles est: “Pour la gloire de Dieu et le salut du monde”.

La mission et la charité sont au cœur de la prière et de la vie des prêtres comme elles le sont au cœur du sacrifice du Seul Grand Prêtre, Jésus-Christ, le Bon Pasteur.

5. Conclusion

C’est à partir du Baptême que S. Vincent fonde la mission. Frères, prêtres, filles de la charité, laïcs des confréries et autres sont enracinés par le baptême dans la vie de Dieu et appelés à suivre Jésus-Christ, l’Évangélisateur des Pauvres. Le Christ, les pauvres font partie de leur vocation et de leur mission. Aussi doivent-ils se revêtir de Jésus-Christ.

C’est à partir du Christ Grand Prêtre pour la confection par la consécration de son corps eucharistique et la construction de son corps mystique que S. Vincent déploie la vocation baptismale du prêtre ordonné. La façon dont le prêtre doit se revêtir de Jésus-Christ est de conformer sa vie à celle du Christ tout donné à Dieu, tout donné aux hommes. S. Vincent insiste sur l’aspect rédempteur de l’incarnation et donc, du sacerdoce presbytéral.

Les prêtres sont donc, parmi les baptisés “les instruments par qui le fils de Dieu continue de faire du ciel, dans tous les siècles, ce que lui-même a fait sur la terre en sa vie”[19]. À ce titre, ils sont les rassembleurs pour la mission et la charité. Il s’agit d’étendre le royaume du Christ, de l’amplifier, de penser et vivre l’Évangile aux dimensions du monde[20].

Je comprends mieux, à présent, pourquoi la confession de Foi chrétienne (notre Credo), passe de l’incarnation de Jésus à son sacrifice rédempteur. Je comprends aussi Pierre qui bute devant le mystère de la croix. L’Église – mère et éducatrice pour la joie et l’espérance du monde – nous a donné un Signe de reconnaissance et du mystère de l’amour “inventif” de Dieu et de notre vocation et de notre mission: le Signe de la Croix.

Le Signe de la Croix: qui est un geste et une prière.

- un geste. Je trace sur moi le signe de la croix du front à la poitrine, d’une épaule à l’autre. J’associe mon corps à un acte qui est à la fois, une affirmation et un message. Une affirmation de ce que je suis et un message le signifiant. Je m’affirme chrétien, publiquement parce que physiquement. Mon corps, ma vie, “moi” saisis dans toutes leurs dimensions.

Ce signe est aussi le rappel de la croix de Jésus. C’est le premier signe qui a été tracé sur moi lors de mon entrée dans l’Église, à mon baptême. Je me marque parce que j’ai été marqué. La Croix est le signe par excellence de l’Incarnation rédemptrice.

Ce signe de la Croix s’inscrit dans le temps et l’espace. Il vient des chrétiens de la première Église. Il m’a été transmis. Il est actualisé aujourd’hui dans l’espace où je vis. Il a une symbolique spatiale. Je trace sur moi le signe de la croix, sur moi qui suis situé dans le monde de ce temps. Il indique le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest. Il m’indique la verticalité et l’horizontalité de mon être. Il saisit ma personne, mon existence singulière avec les personnes et les existences de tous mes frères les hommes dans la totalité “cosmique”. J’appartiens, comme l’indiquent les quatre points cardinaux, à l’univers, à la création; je m’affirme avec tous les autres frères, acteur dans cette création pour son développement intégral jusqu’en sa destinée ultime. Et je n’ai encore prononcé aucune parole, et je proclame déjà l’universalité du salut acquis en Jésus-Christ.

- une parole. Je trace le signe de la croix en prononçant ces mots: “Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen”. J’inscris donc sur moi le signe du Christ avec une formule trinitaire qui me fait m’avancer jusqu’au mystère même de Dieu. Je suis saisi dans ce mystère de Dieu dont j’affirme à la fois l’Unité de Nature et la Trinité des Personnes. J’affirme mon appartenance au Dieu unique en trois personnes. La Foi chrétienne est trinitaire. Ma vocation est donc divine. Je m’inscris dans le milieu divin. Cette profession de Foi indique à la fois que je suis créé à l’image et ressemblance de Dieu mais aussi que du fait de Jésus-Christ, Fils éternel de Dieu, ma condition humaine marquée par la mort entre dans la condition de Dieu. Je deviens, dit Paul, Fils dans le Fils. Je suis avec le Christ, dans le Christ, par le Christ porteur de ce mystère de Dieu parmi mes frères.

- une prière gestuée. Le signe de la croix est une prière du corps et de l’esprit. J’associe mon corps à ma profession de foi. Je crois avec tout mon être. J’affirme physiquement mon adhésion au mystère de Dieu. Paul le dit très bien dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse: “Je fléchis les genoux devant le Père… qu’Il daigne selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’Il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la hauteur, la profondeur, la largeur et l’amplitude… et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés de la plénitude de Dieu”[21]. Oserais-je dire que Paul exprime une théologie trinitaire (le mystère d’amour de Dieu) avec une géométrie dans l’espace? S. Vincent dit aux sœurs “qu’elles sont assemblées au nom de la Très Sainte Trinité pour honorer Notre Seigneur et Le servir en la personne des pauvres”. Car Notre Seigneur est l’expression parfaite de la relation de charité qu’est Dieu. Aux missionnaires frères et prêtres, il dit:

“Nous sommes choisis de Dieu comme instruments de son immense et paternelle charité, qui se veut établir et dilater dans les âmes. Notre vocation est donc d’aller… par toute la terre… embraser les cœurs des hommes, faire de ce que le Fils de Dieu a fait…”[22] Aux prêtres, il rappelle: “Il n’y a rien de plus grand qu’un prêtre, à qui il donne tout pouvoir sur son Corps naturel et sur le mystique, le pouvoir de remette les péchés.”

L’Esprit du Père et du Fils nous consacre à l’adoration et à la mission, pour la gloire de Dieu et le salut du monde, et premièrement des pauvres. Il est grand le mystère de la Foi!

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