Près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Jn 19,25-27

"Femme, voici ton fils"

"Femme, dit Jésus aux noces de Cana, que me veux-tu? Mon heure n’est pas encore venue!"
"Femme" ... quelle étrange manière, pour un fils, de s’adresser à sa mère ! En fait, dans la bouche de Jésus, c’était un terme de courtoisie, qu’il employait volontiers quand il conversait avec une femme, que ce soit la Samaritaine, la Cananéenne, la femme toute courbée dans la synagogue (Lc 13,12), la pécheresse adultère, eu encore Marie de Magdala.

Dire "femme" en s’adressant à Marie, ce n’était pas, de la part de Jésus, la marque d’une moindre affection, puisqu’il reprendra la même expression au moment de mourir sur la croix, donc à un moment où la Mère et le Fils seront en communion intense de volonté et d’offrande. En désignant, au pied de la croix, le disciple bien-aimé, Jésus dira: "Femme, voici ton fils".

C’est donc volontairement que Jésus, à Cana et à la croix, donne à Marie, en public, non pas un nom de relation familiale, le nom tendre qu’il employait à Nazareth, mais le nom de sa fonction dans le plan de Dieu. Rappelons-nous le récit du péché des origines, au livre de la Genèse (Gn 3) et ce que Dieu disait au Tentateur : "J’établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race: celle-ci t’écrasera la tête". Cette femme annoncée, qui par sa descendance doit être victorieuse du Prince de ce monde, cette mère, active pour le salut des hommes, c’est celle du Messie-Sauveur ; et c’est bien ainsi que Jésus comprend le rôle de sa propre Mère.

A Cana, Marie est déjà cette femme promise; mais l’heure n’est pas encore venue où elle doit entrer pleinement, visiblement, dans son rôle. À la croix, au contraire, l’heure de Jésus est là, cette heure mystérieuse qui appartient à la fois au temps des hommes et à l’éternité de Dieu, cette heure qui englobe à la fois les souffrances de Jésus, sa mort, sa résurrection, sa glorification, et même le don de l’Esprit à l’humanité. C’est l’heure où "le Prince de ce monde est jeté dehors", l’heure où triomphe le Messie, l’Envoyé de Dieu, l’heure de la victoire, aussi, pour la Femme, sa Mère, l’heure où, selon les Pères de l’Église, l’Ève première fait place à l’Ève nouvelle, où la première Ève, qui enfantait des êtres mortels, fait place à Marie, l’Ève nouvelle qui enfante pour la vie, dans les douleurs de sa compassion au Calvaire.

"Femme, dit Jésus en croix, voici ton fils"; et, en désignant le disciple, il montrait à Marie chacun de nous. Une nouvelle maternité commença alors pour Marie, ou plutôt une nouvelle manière de vivre sa maternité. C’est le moment où elle inaugura cette maternité heureuse et inquiète qui durera jusqu’à la fin des temps, puisque désormais Marie prendra en charge tous les frères et toutes les sœurs de Jésus, menacés en même temps qu’elle-même, attaqués dans leur espérance, et qui risquent de perdre cœur. En effet, comme le révèle l’Apocalypse dans son langage symbolique, le Dragon, l’antique serpent, frustré dans sa haine par l’ascension au ciel de l’Enfant mâle, Jésus-Messie, a entrepris de guerroyer contre la femme et le reste de sa descendance, contre la Mère du Messie et tous les fils et filles qu’elle a reçus d’avance au pied de la croix (Apoc 12).

Ainsi Jésus attendait son heure. Si, à Cana, il semble freiner délicatement l’intervention limitée de sa Mère, c’est qu’il se réservait, à l’Heure de sa passion glorifiante, de faire éclater toute limite et de proclamer les dimensions universelles de sa maternité.
Là justement est le mystère de Marie, la merveille de Dieu inaccessible à notre regard. De Marie, la servante, l'Évangile nous dit simplement, pour l’épisode de Cana: “La Mère de Jésus était là”. Elle était là, très présente dans le brouhaha de la noce; elle était là, douce et discrète, effacée et efficace, très active et vigilante. Elle était là, à la croix, douloureuse et impuissante; et elle est encore là, dans l’Église, comme la Femme au destin immense, comme la Mère farouche et toute sainte dont les bras protégeront, dans tous les siècles, la multitude des frères et des sœurs de Jésus.

Comment allier tant de puissance et tant de tendresse ? Comment la Vierge des pauvres peut-elle porter une telle majesté ? Comment une femme de chez nous peut-elle être si près de Dieu ? À ces questions, trop grandes pour notre intelligence, trop grandes pour notre cœur, l’Église, au long du temps, répond en admirant inlassablement le chef d’œuvre de Dieu, et en redisant, comme un psaume d’action de grâces :

“Sainte Marie, Mère de Dieu,
Mère de la Vie et Mère des vivants”.

 

Père Jean

 

vierge-marie-tendresse.jpg

Tag(s) : #Spiritualité

Partager cet article

Repost 0